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Bleu Bergère, livre mémoires Charbonnier 1

"BLEU-BERGERE"



Pierre, Annette et Gustave

            Insomnie = broyer du rouge, mais surtout enlacer-embrasser l’océan parfumé des souvenirs.

            J’ai eu deux pères : Pierre d’abord, puis Gustave, puis re-Pierre puis re-Gustave et encore Pierre. Ils ont plu à ma mère, l’un parce qu’il était séduisant, désinvolte et « artiste », l’autre parce qu’il était sérieux, silencieux, carré, mais enfant, un peu maladroit. Tous deux aimaient rire, mais pas des mêmes choses.

            Pierre a apporté à ma mère ce qu’elle a apporté à Gustave. Pierre, le Viennois, aimait le Cornas, le Pernod, la « charmante » tomme, et fumait des petites pipes de foire, en terre, légères et jolies. Gustave, le Lyonnais, buvait énormément d’eau, exclusivement, il s’évanouissait chez Androuet,  et notre valet de chambre ne fumait pas ses cigares, faute de.

Histoire des vacances et bains de mer 2

82 by Jean Philippe Charbonnier
82, a photo by Jean Philippe Charbonnier on Flickr.


INTRODUCTION A BLEU BERGERE, A CUFF-LINKS SAGA

Au milieu du XIXème siècle, la « Bonne société », que l’on n’appelait pas encore les « happy few », mais sûrement déjà les « U » (=upper class, par opposition aux « non-U »…), éprouva le besoin de « bouger », de villégiaturer au delà de Chantilly et de Chatou. 

Histoire Chamonix, mémoires Charbonnier 3


18 heures 23, le 8 août 1786, le docteur Michel Paccard, de Chamonix, et le cristallier Jacques Balmat, réussissent, seuls, la première ascension du Mont Blanc. Viendront ensuite le scientifique genevois, Horace-Bénédict de Saussure, Joseph-Marie Simond, le Mont Blanc en solitaire avec juste un quignon de pain et une demi bouteille d’eau de vie…

Peintres Etretat au temps de Lindbergh 4

1825 : Charles Mozin, jeune et délicat peintre-paysagiste, trouve à Trouville, village de marins-pêcheurs, « sa terre promise…loin du monde et des distractions ». Il expose à Paris, grand succès et déferlement de peintres et écrivains cotés : Isabey, Boudin, Courbet, Corot, Monet, Flaubert, Dumas et Proust !

Parallèlement, en 1830, arrive la mode des bains de mer. Le scénario deviendra partout habituel: Poste, Gare, Casino et belles villas. Et à Trouville ça marche toujours, douze mois par an.


Histoire de Deauville: casino et VIP, 5

1853 : Me.Durand-Morimbeau, avocat parisien, ébloui à 4 heures du matin (!), par la plage de Cabourg, décide d’y créer la « Reine des plages ».

Sissi l' impératrice à Sassetot-le-Mauconduit 6


Avant 1875, les PETITES DALLES ne sont qu’une prévisible, mais charmante plage de galets de plus, entre Fécamp et Saint Valery en Caux. Pêcheurs, naturellement, et quelques hardis baigneurs. Il y a un hôtel, un Casino (en bois), et de nombreuses cocasses villas, appelées « châlets » dans le style tarabiscochic du palais usine de la « Bénédictine », à Fécamp (à voir absolument). 

Origine de St Tropez et ses artistes 7

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, le dynamisme tropézien s’exerça dans le commerce en Méditerranée, dans les chantiers navals, la pêche, l’agriculture. Le plus illustre Tropézien est Pierre-André de Suffren (1729-1788), vice-amiral de France, « Gouverneur » de Saint Tropez.


Histoire du ski: Mégève, Allais, Couttet 8

 Jusqu’en 1914, l’activité de Mégève est à 70% agricole. Le village compte trois hôtels pour un tourisme estival essentiellement climatique-promenade. Mais en 1913, l’hôtel du Mont Blanc s’est judicieusement doté d’un chauffage central ce qui permet et enclenche l’irréversible processus des vacances de neige. Le ski à peaux de phoque se pratique sur les pentes du mont d'Arbois.

Café du Flore et Brasseries Lipp, 9


CUFF-LINKS N°1

Aussitôt que l’on prend le risque délicieux de s’enfoncer dans l’enfance, on tombe rapidement sur l’amusante question, à la réponse sans fin, trou noir céleste où les parallèles se rejoignent, dit-on, à l’infini, fruit défendu, QUESTION : « LA RAISON POURQUOI ? »

Histoire de l'ouvrier devenu patron 10 Mémoires

Tel Jean-Jacques Gauthier et son épatant livre, « Histoire d’un fait divers », je dis que si vous frappez à n’importe quelle porte, à n’importe quel étage de n’importe quel immeuble et que vous demandiez gentiment à la dame, au monsieur qui vous ouvrent de vous raconter leur vie, comme ça, pas pour la Télé, ni pour la Radio, POUR RIEN « …mais pourquoi, pourquoi nous ?

Atelier Pierre Charbonnier et side-car 11

En 1922 mes parents descendirent dans le Midi dans une Harley-Davidson achetée aux vieux surplus militaires américains. C’était le célèbre modèle « First War », 16CV, bicylindre en V, 988,83 cm3, qui pouvait atteindre 100 km à l’heure !

Leçon de grec, Charles Trenet et le jazz 12

On m’a forcé à apprendre CE grec, qui a failli me coûter l’obtention de l’horrible épouvantail appelé baccalauréat, lequel a gâché ma jeunesse et développé en moi une incurable angoisse, surajoutée à une sorte de « judische angst » slave.

Muse de la musique et cours de piano 13

Pourquoi ne m'a-t-on pas appris le piano? Parce que mon Père, doué pour tout, avait appris tout seul, même l'accordéon, que ma Mère et mon cher beau'père n'avaient pas l'oreille musicale, et que sans bac, etc etc. J'en suis malade, chaque jour et il me vient à l'esprit cette sorte de triste parabole. 

Pierre Charbonnier, la Fortune enchantée 14

photo du film Fortune Enchantée de Pierre Charbonnier
  

Pierre Charbonnier, peintre et décorateur de cinéma (films de Robert Bresson), a réalisé un court-métrage d'animation, en 1936. Parmi d'autres films, il a été restauré et édité en DVD par le Centre national de la cinématographie. Le personnage féminin de "La Fortune enchantée" figure en couverture du catalogue.


Certes, mon père eut, comme première voiture une Ford Model T, sympathique phaéton élastique, robuste, facile à conduire (même par une femme, disait la publicité...) et bon marché (290$). Avec ses 4 cylindres, ses 2892 cm3, ses 2 vitesses + marche AR, elle atteignait 80 km/h. 

Vieilles pubs, US cars, décolonisation 15

J'adore les vieux slogans américains pour les automobiles: "Be happier in a Nash!", "Another Nash" (voir plus haut), ""Better buy a Buick", "Packard, ask the man who owns one", "Have you driven a Chrysler, lately", "There is a Ford in your future", "Dollar for dollar, you can't beat a Pontiac".

St Tropez, Pierre Charbonnier, Mémoires 16


Mais la niaiserie, soudain, de charmante devient inquiétante: 1939-1940: "Nous vaincrons par ce que nous sommes les plus forts", "La route du fer est barrée", "On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried"

Rosine Déréan, St Tropez et la guerre 17


Abandonnant mes grand'parents dans leur villa de Sainte-Maxime, mes parents vinrent s'installer dans ce village ravissant, au port très animé, déjà adopté depuis vingt-cinq ans par des artistes enthousiastes,

Café Passy, alcool,16ème arrondissement,18

Un bistrot bête, de la place Chopin, bête, à une heure très très bête, celle où les solitaires s'accrochent à des derniers "pour la route" et au zinc et au patron qui essuie les verres et qui les écoute, ou fait semblant, parce que c'est tous les soirs pareil et qu'il aimerait bien aller se coucher. 

Cocteau, Radiguet, Man Ray, à Paris 19


10 by Jean Philippe Charbonnier

Panthéon et toits de Paris 5ème


Comme il était partout où il fallait être, mais, le plus souvent avant tout le monde, il y avait aussi naturellement Jean Cocteau, accompagné de Raymond Radiguet. Ils habitaient alors, rue d'Anjou, chez la mère de Cocteau dans ce vieil immeuble où l'ascenseur, disait-il..."datait d'avant l'invention des ascenseurs".

Cravates, Jean Nohain, Cocteau et Crevel 20

Oui mais, malgré ou plutôt à cause des guerres, des exodes, des abandons, des changements de vie, ne m'ont jamais quitté, ont toujours été protégés, tous mes vieux 78 tours, et, voyez-vous, mes cravates. J'y tenais, seules possessions d'enfant, et j'y tiens toujours, comme les jeunes filles gardent leurs vieilles poupées râpées, chauves, désarticulées, mais chéries.